Éthique dans l’IA : l’art et ses enjeux

En 2022, une intelligence artificielle a raflé le premier prix d’un concours artistique dans le Colorado. Le tollé n’a pas tardé : les artistes professionnels ont crié à l’injustice. Les lois sur les droits d’auteur laissent de côté les œuvres issues d’algorithmes, mais certains musées ne s’en émeuvent plus et exposent déjà des créations signées IA.

Dans les concours, certaines plateformes de génération d’images sont bannies. Pourtant, des artistes reconnus les utilisent comme leviers d’innovation. Les règles, qu’elles soient juridiques ou morales, naviguent à vue, tandis que le marché de l’art et les pratiques créatives se réinventent au rythme de cette technologie qui chamboule tout sur son passage.

L’intelligence artificielle, une révolution silencieuse dans le monde de l’art

Oubliez les fantasmes et la science-fiction : l’irruption de l’intelligence artificielle dans le monde de l’art est une réalité. Midjourney, DALL-E, Stable Diffusion : ces noms résonnent désormais dans les ateliers comme dans les galeries. Leur force ? Générer en un clin d’œil images, textes ou sons, avec une précision qui laisse parfois perplexe. Des artistes comme Kris Kashtanova ou Julian Van Dieken en ont fait des partenaires de création, brouillant la frontière entre la main humaine et le code. L’art généré par IA s’impose, bousculant les repères et multipliant les formes d’expression.

Le marché de l’art numérique n’est pas épargné. Les ventes record de NFT, comme celles de Beeple chez Christie’s, bouleversent les habitudes. Les galeries virtuelles poussent comme des champignons, et les algorithmes permettent à tous de créer, mais aussi de s’interroger : l’originalité a-t-elle encore un sens quand l’outil est accessible à tous ? On retrouve ici un écho à l’histoire de la photographie, qui fit scandale à ses débuts avant d’être reconnue. L’IA relance ce débat, en version accélérée.

Les géants de la tech, OpenAI, Microsoft, Google DeepMind, Meta AI, investissent et façonnent le terrain. Ils s’appuient sur des montagnes de données, souvent glanées sans que les artistes n’aient leur mot à dire. Les GAN (Generative Adversarial Networks) repoussent les possibilités, tout en rendant la genèse des œuvres plus opaque. Ce bouleversement dépasse l’esthétique : il pose la question du statut d’auteur, de la valeur de l’œuvre, et du rôle de l’humain dans la création.

Voici les principaux bouleversements qui marquent cette mutation :

  • Art généré par IA : la création devient accessible, les pratiques se transforment
  • Marché de l’art : explosion du numérique, des NFT et de nouveaux modèles de valorisation
  • Technologie : des outils puissants, mais aussi des enjeux de transparence et de droits d’auteur

Quels dilemmes éthiques la création artistique assistée par l’IA soulève-t-elle ?

Le premier front, c’est celui de la propriété intellectuelle et du droit d’auteur. Les algorithmes d’IA s’entraînent en puisant dans des bases d’images et de textes souvent protégés, sans demander la permission à leurs créateurs. L’artiste Karla Ortiz et plusieurs collectifs dénoncent ces pratiques, tandis qu’aux États-Unis, l’artiste Kris Kashtanova a vu une partie de son œuvre reconnue par le copyright… à condition que l’humain reste identifiable dans le processus. Ce flou juridique laisse planer un doute sur la paternité des œuvres générées par machine.

Un autre enjeu s’impose : celui de la transparence. Les grands acteurs, laboratoires des GAFAM, concepteurs comme Stable Diffusion, gardent jalousement l’origine de leurs bases de données. Les artistes réclament des explications, veulent savoir comment leur travail nourrit ces intelligences. Sans transparence, difficile de tracer la frontière entre influence, inspiration et plagiat. Les identités artistiques risquent de se fondre dans des modèles standardisés.

Deux questions majeures se posent face à cette dynamique :

  • Justice narrative : qui choisit les histoires, les visages, les références qui forment l’imaginaire des IA ?
  • Diversité et inclusion : la sélection des données façonne une esthétique dominante, souvent occidentale, qui met à l’écart des voix moins entendues.

La législation peine à suivre cette course effrénée. Chaque pays tente d’esquisser des règles sur la reconnaissance des œuvres générées et la rémunération des créateurs. Les syndicats et collectifs, en première ligne, cherchent à dessiner les contours d’une régulation adaptée à ce nouveau visage de l’art.

Entre opportunités et risques : l’impact de l’IA sur les artistes et le marché de l’art

L’intelligence artificielle bouscule les codes de la création. Pour de nombreux artistes, elle déverrouille des perspectives inédites. Les outils comme Midjourney, DALL-E ou Stable Diffusion rendent la création artistique plus accessible et ouvrent le champ des expérimentations, là où, hier encore, les barrières techniques semblaient infranchissables. Des amateurs se lancent, des professionnels réinventent leur métier, des œuvres circulent, s’exposent et se vendent via de nouvelles plateformes. La scène s’élargit, mais c’est tout l’équilibre qui vacille.

Le marché de l’art numérique vibre au rythme des NFT et de la blockchain, qui certifient l’origine et l’authenticité des œuvres créées par IA. Des artistes comme Beeple font sensation chez Christie’s, tandis qu’une vague de nouveaux créateurs tente d’exister dans cet univers mouvant. Les galeries s’adaptent, les collectionneurs hésitent, la question de la valeur et de la créativité humaine prend une dimension inédite.

Mais le revers existe : la multiplication des modèles génératifs menace la diversité des styles. Un risque d’uniformisation plane. Les artistes tiennent à la main, à l’histoire, à la trace humaine, là où l’algorithme tend vers l’homogénéité. Certains, comme Pierre Antoine Lafon Simard ou Matt Guetta, militent pour une utilisation éthique et réfléchie de l’IA, tout en mettant en garde contre la captation des données et la précarité des revenus créatifs. Fascination et inquiétude cohabitent dans ce nouvel écosystème qui refond les bases de l’art, de ses métiers et de ses valeurs.

Homme et femme discutant devant une installation artistique urbaine

Vers un nouvel horizon créatif : quelles pistes pour un art éthique à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Ce bouleversement impose de nouveaux repères. Artistes, collectifs et institutions s’interrogent sur l’éthique, la nécessité de la transparence ainsi que la place de la diversité dans les œuvres issues d’algorithmes. Les bases de données d’entraînement, souvent constituées d’œuvres protégées ou de corpus peu représentatifs, exigent une vigilance accrue. Des initiatives émergent, à l’image de Ethical AI Art mené par Lisa Russell, pour défendre la justice narrative et veiller à ce que les voix minoritaires s’expriment dans la création numérique.

Trois leviers s’affirment pour guider cette mutation :

  • Justice narrative : Lisa Russell et son collectif incitent artistes et développeurs à inclure la diversité des récits et des identités dans les modèles de génération.
  • Diversité et inclusion : l’entraînement des IA doit reposer sur des bases de données ouvertes, éthiques et variées afin d’éviter la reproduction des biais.
  • Éducation artistique : l’apprentissage de l’IA devient incontournable dans les cursus, pour que les artistes gardent la maîtrise de leur démarche créative.

La prise en main de l’IA s’accompagne d’un débat sur les droits d’auteur, la reconnaissance de la part humaine dans les œuvres hybrides, et la juste rémunération. Les syndicats culturels s’activent ; des artistes comme Kris Kashtanova ou Karla Ortiz défendent leurs droits. La réflexion sur la traçabilité et l’équité dans la création générée par IA ne fait que démarrer. Le chemin s’annonce sinueux, mais l’art n’a jamais cessé d’évoluer. Demain, la frontière entre l’humain et la machine pourrait bien devenir le nouveau terrain de jeu de la créativité.

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