Ce qu’il faut vraiment savoir sur les 60 jours

Soixante jours. C’est le temps qu’il a fallu à sept inconnus pour s’immerger dans l’univers carcéral du comté de Clark, Indiana, sous les projecteurs d’une téléréalité qui ne ressemble à aucune autre.

De quoi parle le spectacle ?

Tout se joue dans une véritable prison. Sept volontaires y sont plongés comme de simples détenus, chacun sous une identité inventée, sans que gardiens et autres prisonniers ne se doutent du stratagème. Pas de script. Peu d’artifice. Pour encadrer le tournage, des avocats orchestrent la logistique, tandis que des centaines de caméras dissimulées captent l’expérience à chaque instant.

La production s’est fixé une ligne claire : montrer sans filtre le quotidien carcéral, vu de l’intérieur, par des profanes envoyés parmi les condamnés. Greg Henry, l’un des cerveaux du programme « 60 Days In », expose la volonté de documenter la vie derrière les murs, loin des clichés hollywoodiens ou des discours de façade.

Le faux ultime

L’illusion ne tenait pas au hasard. Pour éviter que la supercherie ne soit éventée, la direction pénitentiaire avait été briefée sur la présence de nouveaux arrivants pour une émission, mais l’existence de sept infiltrés, elle, restait un secret cadenassé. Chaque profil a été choisi pour la diversité de ses motivations : une assistante sociale venue décrypter l’engrenage de la violence en milieu clos, un ex-militaire cherchant à saisir la réalité de ceux qu’il traquera peut-être un jour, un éducateur désireux de rapporter des preuves concrètes à ses élèves, et un jeune homme poursuivant une quête personnelle, celle de comprendre le sort de son frère, incarcéré non loin de là.

Pour parer au pire, un code d’alerte a été mis en place : « Le café me manque vraiment. » Quiconque le prononçait se voyait extraire sur-le-champ par la production. Autre système secret : poser une serviette sur la tête sous la douche lançait le signal d’une détresse à prendre au sérieux, et le retrait était immédiat.

Robert a menti sur son expérience d’acteur

L’authenticité de l’expérience a pris du plomb dans l’aile après une série de révélations inattendues. Jamey Noel, shérif chargé de l’établissement, découvre sur les réseaux sociaux qu’un des volontaires a passé sous silence une carrière d’acteur. Robert Holcomb, censé être un parfait inconnu, traînait en réalité une apparition au casting de Re-Animator (1985), où il avait incarné un cadavre. Un léger détail, mais qui a hérissé le shérif : « Je ne voulais pas d’un showman. Je visais une expérience dont on puisse vraiment tirer des enseignements ». Suite à la controverse, Holcomb a simulé un problème de santé et quitté la série, libérant sa place prématurément.

Le spectacle est-il réel ou non

Le débat sur ce qui relève du documentaire ou de la fiction demeure, mais le programme n’a pas uniquement provoqué des débats. Dans les murs de la prison, les observations faites par les faux détenus ont eu des effets directs. Plusieurs gardiens ont été révoqués après la découverte de dysfonctionnements. Parmi les cas remontés : une femme de 33 ans prise en flagrant délit alors qu’elle tentait d’introduire des patchs de suboxone, des pilules de buprénorphine, et même de faux ongles pour faire passer des substances en douce. Détail révélateur : la mécanique du spectacle n’a pas étouffé la réalité. Elle l’a même mise à nu.

Soixante jours sous surveillance, une poignée d’anonymes, et voilà la routine d’un établissement bouleversée. Quand la frontière s’effrite entre expérience télévisuelle et révélateur du réel, la fiction ne fait plus diversion. Elle expose, sans retour possible, les fissures d’un système longtemps resté opaque.

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